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NOTE DE LECTURE
Littérature: le « bébé à un milliard de
dollars » et les fantômes de Salman Rushdie
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Thèmes: Culture |
Asialyst, 19 octobre 2026
L’écrivain d’origine indienne revient à la
fiction avec un recueil de nouvelles mêlant écriture
virtuose, érudition et humour sarcastique.
Patrick de Jacquelot
Quatre
ans après l’attaque qui a failli lui faire perdre la
vie et lui a coûté l’usage d’un œil et d’une main,
Salman Rushdie revient à la fiction avec un recueil de
nouvelles, La onzième heure. Des textes où
l’on retrouve les deux mélanges qui caractérisent son
œuvre: le réalisme et le fantastique d’une part, une
profonde indianité et une culture universelle d’autre
part.
Salman Rushdie a beau avoir quitté l’Inde, son pays
natal, à l’âge de treize ans, l’Inde ne le quitte pas.
Âgé aujourd’hui de 79 ans, doté de la double
nationalité américaine et britannique et ayant vécu
l’essentiel de sa vie entre ces deux pays, Rushdie
n’en demeure pas moins un écrivain indien avant tout.
Son pays natal imprégnait ses romans récents, La cité
de la victoire, Quichotte
et Deux ans,
huit mois et vingt-huit nuits, et il en va
de même des histoires rassemblées dans La onzième
heure.
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| L'écrivain
anglo-américain d'origine indienne Salman
Rushdie. (Source : Le Point)
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Vengeances
Tout dérape quand la naissance du bébé à un milliard ne respecte pas le scénario de conte de fées prévu par la campagne de communication. La jeune femme prend alors conscience de l’instrumentalisation dont elle est victime. Mais sa musique détient une puissance magique qui entraîne la ruine tant du gourou qui a dévoyé son père que de la famille de son mari. Un texte à l’humour acide qui se nourrit d’événements bien connus de ces dernières années, depuis les mariages aux fastes sans limite des grands industriels (comme chez les Ambani) jusqu’aux divers scandales impliquant des gourous fort peu détachés des biens de ce monde.
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La troisième longue nouvelle, enfin, baptisée Oklahoma, appartient à la catégorie tant prisée des écrivains d’aujourd’hui du « livre dans le livre ». Elle se présente comme une autofiction écrite par un écrivain d’origine indienne Mamouli Ajeeb, traitant de ses relations avec un autre écrivain, qu’il appelle oncle K., et comportant des textes supposément écrits par ce dernier. Autrement dit, l’écrivain Salman Rushdie imagine des textes écrits par l’écrivain Ajeeb qui imagine des textes écrits par l’écrivain K…. Virtuose de ce genre d’acrobaties littéraires, Rushdie livre un récit sarcastique où s’agite un écrivain d’origine indienne, comme par hasard, qui travaille en « volant la vie des gens ».
Avec son talent de conteur hors pair, Rushdie embarque son lecteur dans ses récits plutôt fous, truffés de références littéraires, notamment Kafka dans Oklahoma et les légendes de la Table ronde dans Le défunt retardataire. Très différentes les unes des autres, les trois nouvelles tournent malgré tout autour d’un thème commun, celui de la vengeance. Même si elles ne sont pas tout à fait au niveau de ses romans récents, elles permettent aux fans de Rushdie de retrouver son inimitable mélange de virtuosité littéraire, d’érudition et d’humour.
A LIRE
La onzième heure
Salman Rushdie
314 pages
Gallimard
23 euros
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